Roger Volpato, ou l'art de tirer sa révérence avec élégance
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Il y a des départs qui ressemblent à des points d'orgue. Celui de Roger Volpato, après quarante-sept années passées au sein de notre atelier, est de ceux-là.
Quarante-sept ans... Prenons un instant pour laisser ce chiffre résonner (pas pour faire du sentimentalisme... quoique).
En 1979, Roger posait ses crayons sur notre table à dessin. Les plans se dessinaient exclusivement à la main, le Rotring était un outil de précision autant qu'un symbole de statut, et l'odeur caractéristique de l'ammoniac des héliographies faisait partie du quotidien au même titre que le café du matin.
Depuis lors, tout a changé : les outils, les normes, les logiciels, les générations de collaborateurs, les modes architecturales, les formats de fichiers, les réunions Zoom qu'on n'avait pas vues venir...
Roger, lui, est resté. Fidèle. Constant. Inébranlable.
Et son coup de crayon avec lui.
Car c'est peut-être là le vrai mystère Roger Volpato : dans un métier où tout se numérise, se compresse, se met à jour en version 14.2, il a conservé intact quelque chose d'irremplaçable. Une main qui sait. Un trait qui raconte. Chaque ligne posée sur le papier comme si elle avait toujours été là, attendant simplement d'être révélée. Dessinateur en bâtiment chevronné, rigoureux sans être rigide, précis sans jamais perdre le sens du détail juste... Roger a été un pilier pour l'ensemble de l'équipe. Combien de fois une question délicate a-t-elle trouvé sa réponse autour de sa table de travail, presque sans qu'on ait eu besoin de la formuler entièrement ?
Mais Roger, ce n'est pas seulement un savoir-faire. C'est aussi une présence.
Discret, élégant dans ses propos, il avait cette qualité rare de ne jamais encombrer l'espace inutilement. Et puis, tapie dans cet effacement souriant, une arme secrète : un humour d'une vivacité redoutable, qui surgissait toujours au bon moment... avec ce timing impeccable que certains comédiens passent une carrière entière à chercher.
On le guettait, cet humour-là. Il valait le détour.
Les journées de travail, bien sûr... mais aussi les escapades au ski où l'on ne savait jamais tout à fait si c'était la poudreuse ou l’apéro qui mobilisait le plus les troupes, les pique-niques, les visites culturelles, tous ces moments partagés hors des murs du bureau qui font l'âme d'un atelier. Roger était là, égal à lui-même, agréable compagnie en toutes circonstances. Et toujours cette petite remarque inattendue qui faisait mouche.
Artiste à ses heures perdues... et peut-être désormais à plein temps, Roger va enfin pouvoir consacrer toute son énergie à sa passion créative. Nous nous réjouissons déjà d'une prochaine exposition (disons que nous la considérons moins comme une éventualité que comme une promesse). Son sens de la ligne et des proportions trouvera là un terrain d'expression sans contrainte de délai ni de cahier des charges. Il prendra aussi le temps de s'installer pleinement dans sa nouvelle maison, de savourer les instants en famille... de vivre, tout simplement, sans échéances ni planning imposé. Une vie sans MS Project... On lui souhaite ardemment.
Près de quarante-sept ans dans la même entreprise... c'est rare. C'est précieux. C'est presque vertigineux...
Cette loyauté tranquille, jamais exhibée, jamais négociée, qui construit quelque chose de solide année après année.
En ce début mars, son absence se ressent. Son bureau, son regard attentif posé sur un plan, sa petite remarque bien sentie au moment où on ne l'attendait plus... tout cela laisse un vide réel au sein de l'équipe. Mais ce vide, lui aussi, dit quelque chose. Il est la forme en creux d'une présence qui comptait.
Cher Roger, merci pour ta fidélité, ta compétence, ton humour et ta bienveillance. Nous te souhaitons une retraite à ton image : créative, libre, lumineuse... et ponctuée de beaux projets choisis.
À très bientôt... peut-être autour d'un verre, sur une piste de ski... ou au vernissage de ta prochaine expo. (On sera là.)
L'équipe de l'atelier




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